La quatrième réalité

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Librairie – recherche: Monika Laupus

 

Autobiographie

Un deux trois et retour

Il y a sûrement plus de réalités que de la poussière volante dans l´air. Tu les vois rarement. Et ce qu´on ne voit pas, ne peut pas être réel. C´est pourquoi, la plupart entre nous préfère de vivre dans des réalités limitées.

La première nous paraît la plus importante. On y bouge sur les railles d´un train perdu qui tourne parfois en rond. On y réveille chaque matin. On y court derrière l´heureusité. On s´y tue à l´âge de 18 ans en espérant la paix infinie qu´elle est si improbable qu´une seule réalité.

Chaque décision doit être respecter, car tout le monde poursuit son propre chemin.

Un rêve reste un rêve dit ma grand-mère quand elle rencontre la deuxième réalité. En vérité, elle dort pour supporter la première, pour trouver des solutions dans l´inconscient.

J´ai recommencé à noter mes rêves. Rarement les impressions apparaissent très clairement. Avec le temps se développait une petite collection de symboles qui se répétaient et qui avaient une signification personnelle.

Il ne faut jamais exagérer quoi que soit, sauf si on est passionné par des timbres de collection.

Trop de voyages à l´intérieur de soi-même, peu de stabilité dans la vie quotidienne, trop de difficultés, peu de buts clairs… cela nous mène dans la troisième réalité.

La tête surchargée, l´âme stressée cherche l´équilibre. Après une phase dépressive durant des années suit une éruption volcanique, le crie pour la vie.

Tu vis autant de toi-même que tu parais plus que bizarre à ton entourage. Tu es sûr que tu arriveras à sauver le monde ainsi que ta pauvre existence.

Sur le siège de l´arrière d´une voiture en verte et blanche(la police allemande) que la population énervée ou préoccupée a appelé, il te reste du temps pour te reposer de la mission de la troisième réalité.

J´ai eu de la chance d´arriver moitié à poile dans un monastère masculin où les moins m´avaient offert un petit déjeuner vers six heures du matin.

Les messieurs policiers sympathiques qui arrivaient si vite comme il s’agissait de la série „Urgences“ connaissaient bien leur métier. On se tutoyait du premier moment. Ils ont jamais pensé de me mettre les jouets de menottes.

Au commissariat, j’ai engueulé le pauvre médecin avec toute ma colère contre la race supérieur du métier en tenue blanche. On m‘ a enfermé dans une chambre vide avec des toilettes turques. L‘ ambulance venait. J‘ ai fait un discours sur l‘ homme et la terre.

Le monsieur qui m‘ a pris quand j‘ ai fait du stop et qui m‘ a accompagné jusqu‘ au monastère était malheureux, parce que sa femme était partie avec son enfant dans ces bras. Je lui ai prophétisé que son bonheur perdu arriverait à un rond point, tournerait et reviendrait. (Un carrefour est souvent un rond point sans feux. On y peut faire beaucoup de tours en pensant où on veut aller finalement.)

Comment cette femme a pu quitter un homme si bien?

Des réflexions de la troisième réalité peuvent toucher le bleu foncé de l‘ essentiel, mais aussi le bleu claire du ciel. Mais pour toi, tout est destin. Et tu ne comprends pas pourquoi les autres ne remarquent pas ta vision. Tout le monde essaie de te reprendre dans la première réalité, car ils croient qu’elle soit la bonne…

 

Je voulais toujours passer par ici…

 Je croyais que l‘ ambulance m‘ emmène chez moi, à Heidelberg et j‘ ai été étonnée que le trajet prenait autant de temps. Le médecin de la clinique me demandait si je savais où je me trouvais. Comment j‘ aurais pu le savoir? Personne ne m‘ avait donné des explications. Ils ont eu peur peut-être que je me mettrais dans un état d‘ agression et qu‘ ils auraient dû me calmer avec une bonne piqûre.

Mais mon problème principale était le fait de ne pas porter des chaussures en hiver. Ils auraient pu me dire qu‘ on se trouvait sur le chemin psychiatrique. Je voulais toujours passer par ici pour pouvoir sauver des âmes.

Le premier soir, j‘ ai raconté à des personnes sélectionnées mes aventures maniaques. En plus, j‘ avais une dispute avec Cetin de Turquie, car j‘ étais persuadée qu‘ il n‘ était pas étranger. Lui par contre répétait sans arrêt: „Je suis étranger.“ On était une grande famille. Au début…

Quand le joueur de flûte expérimenté me voyait agir de cette façon, il remarquait doucement: „Le premier jour en asile et de bonne humeur. C‘ est incroyable.“

L‘ archange sportive était plutôt énervé par mes promenades sur les nuages et disait: „Tu vis au pays de rêves.“ Il avait reçu un colis immense pour Saint-Nicolas et je le trouvais très égoiste qu‘ il ne partageait pas tout le contenu.

La troisième réalité est altruiste. Au moment où tu recommences à penser à toi-même tu t‘ approche lentement de la „santé“. Entre temps, les psychopharmaceutiques te font un corps lourd et tu tombes des étoiles pour remarcher sur terre.

La „phase Haldol“ commençait avec un petit gobelet d‘  un liquide marron foncée. J‘ aurais refusé de le prendre, mais l‘ infirmier me regardait droit dans les yeux en me disant que ce serait important de le boire. Quel goût amère. Inoubliable. Horriblement amère. Je ne voulais pas adoucer ce goût avec un petit verre de jus. Je voulait sentir l‘ amère. L‘ amertume.

Haldol a des effets secondaires importants.

Tu marches comme un robot.

Tes mains tremblent et des horribles troubles à l‘ intérieur de toi t‘ accompagnent pendant des jours, des semaines.

Ils auraient dû expliquer cet effet!

Je croyais ces troubles étaient naturels.

Je ne savais pas comment je les pouvais supporter.

Moi – qui adore la télé –  je ne pouvais pas regarder plus qu‘ une minute.

S‘ asseoir, marcher, s‘ asseoir, marcher, s‘ asseoir, marcher, manger, s‘ asseoir, marcher, s‘ asseoir, marcher, parler, s‘ asseoir, marcher, s‘ asseoir, marcher…

Parfois les infirmiers t‘ aident, parce que tes pieds ne se débrouillent pas tout seul.

Parfois personne ne voit ton visage, car tes cheveux loin d‘ être coiffés le cachent.

Parfois tu as une crampe dans ta langue et seul la grosse pilule rouge, Akineton, peut l‘ arrêter.

Quelques jours sont facile à supporter, d‘ autres difficile.

 

La ville des sans abris (p. 77).

 J’accompagne deux de mes lettres jusqu’au coin du sud de Paris. Je n’ai pas de projets, mais j’aime quand même me déplacer. Par conséquent, je monte dans le bus 38 qui se dirige vers le centre ville.

Observatoire Port Royal. Dans ce gymnase, j’ai joué au hand il y a dix ans. Avec des étudiants de Bénin, de Laos, d’Allemagne, de France, de Belgique. Des amis particuliers depuis ces vieux temps.

A travers de la fenêtre du bus, je vois un homme couché devant le centre de sport. Un des nombreux sans abris. Il y a peu de gens qui peuvent unir toutes les réalités nostalgiques à un seul endroit, qui peuvent se retrouver à un lieu où tous les rêves tournent autour de toi comme un tornade merveilleux et douce.

Dans la ville des sans abris la rue, le tunnel du métro, la niche presque sans courant d’air de la première réalité posent un autre problème : la faim, le froid, la saleté, la douleur barrent ta pensée, tellement, que tu ne trouve plus la porte vers d’autres réalités ou bien au contraire tu y voyages complètement.

Et puis ils sont assis sur des escaliers avec un petit panneau en carton dans la main : « J’ai honte. J’ai faim. » Et puis ils sont assis au bord d’un couloir dans le métro en lamentant, avec un enfant qui dort artificiellement dans leur bras. Et puis ils sont assis avec leur chien dans la pluie en attendant que tu mets quelques Francs dans leur gobelet en plastique.

A l’entrée du centre commercial d’Arcueil les gardiens d’ordre se débarrassent de ces gens en les envoyant dans la pluie d’un samedi matin. Nous, les acheteurs qui apportent les sous, ne doivent pas être dérangés dans notre plaisir de la consommation.

Parmi les gens qui demandent une pièce pour vivre, on trouve de plus en plus des femmes, j’ai constaté. Des femmes qui ne ressemblent pas être dans la misère. Soignées. Habillées proprement. Et malgré tout sans emploi, sans chaleur, sans assurances, sans amis, sans argent.

Notre Dame apparaît. Le moyen de transport extérieur sur pneus traverse en ce moment l’île embrassée par la Seine.

Châtelet. Je descends pour faire toute de suite demi-tour. Avec la ligne quatre du métro. Dans les profondeurs de Châtelet s’empilent les déchets. Je m’imagine que ce train vert pale entre dans la station en poussant une montagne énorme de déchets devant lui. La corporation des rats n’a pas encore – il paraît – attaqué la chaîne alimentaire de déchets infinis. Dommage.

Je transporte mon corps dans les caves voûtées, les tunnels, les couloirs. Une nuit de néon, loin du soleil. La femme aveugle qui passait ses journées à un coin devant le panneau Porte d’Orléans depuis une dizaine d’année n’est plus là. Elle laisse une trace douce des pensées.

Au plus grand carrefour du labyrinthe sous terre quelques musiciens classiques se sont installés.

Des instruments sans mots sonnent dans tous les couloirs. Un demandeur de sous ressemble à Mahatma Gandhi. Sur son front brillent des petites étoiles. Il paraît vivre dans une réalité lointaine de la première. Nos yeux se croisent en une fraction de seconde.

A Paris tu ne regarde pas les gens droit dans les yeux, car ton regard semble d’être une promesse. Ils veulent d’argent ou d’amour (comme dans le show allemand de Jürgen von der Lippe). Et pourtant, il n’y a rien de plus beau que plonger dans les visages des autres. Profondément. Un voyage de découverte. Chaque jour de nouveau.

Rarement un visage te rencontre deux fois. Trop vite, trop grand est la ville des sans abris. Mais si tu vois un visage « connu », la personne te paraît être tellement proche.

Quelque part dans l’asphalte l’ami du cheval laisse des traces invisibles. Quelque part dans l’asphalte je laisse des traces visibles. Ma force de la quatrième réalité traverse le monde des pensées flottant au-dessus de la ville pour arriver chez lui…

Saint Michel. Les musiciens d’accordéon épargnent les voyageurs de ce wagon. En échange, un collectionneur des Francs raconte en parlant d’une voix enrouée sa vie en cinq phrases. Il utilise le mot Sida. Je me demande des choses sans importance. Combien cette homme gagnera ainsi chaque jour ?

Saint Placide. Un vendeur du calendrier 2000 monte. Avec succès. J’achète rarement quelque chose.

Des personnes sourdes offrent dans les RER des porte-clés rigolos. Un lapin violet qui louche un peu me fait toujours plaisir. Parfois, j’achète le journal des sans abris « l’itinérant ». Deux tiers de la recette du vente est destiné au vendeur. Souvent ils se placent à l’entrée du supermarché ou à la poste. – J’ai oublié de poster mon courrier. – Je les estime bien, car ils sont très discrets. On a l’impression que l’éditeur choisit uniquement ces personnalités.

Le métro se dirige comme tiré par un corde vers le sud de la ville. J’appuie ma tête contre la fenêtre. Elle suit – avec le front froid – les mouvements des wagons. Mes coins de la bouche sont tristes. Mais pourtant je suis contente d’être ici. Ici, dans ces fils artificiels. Ici, dans ces tuyaux d’un odeur étrange. Ici, entourés par des gens parlant franVais. Ici, que deux lignes de métro séparé de lui.

Porte d’Orléans. Terminus. Encore une fois. Les déchets sont disparus. Je suis déVue.

Le bus 197 attend déjà. Les busses s’épanouissent dans un calme. Personne ne demande quelque chose, de l’argent. Chaque voyageur doit monter son titre de transport. Prendre le bus est du luxe. Et les sans abris ne peuvent pas se le permettre.

Champion, Atac, on se balade dans l’obscurité d’un hiver qui s’annonce. La distance est trop petite pour voyager dans la pensée.

Vache Noir. Je descends, traverse la route nationale ayant huit voies et arrive à mon logement provisoire.

Les jours échappent de mes mains, le temps court et n’avance pas en même temps… dans la ville des sans abris.

 

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